Les Orgues historiques

Carte des orgues de Haute-Corse en état de jouer (extrait du livre « L’Orgue corse » de Sébastien Rubellin , éditions Alain Piazzola).Piedicroce – Eglise St Pierre St Paul – Orgue Spinola 1619 de la cathédrale Ste Marie de Bastia transféré et augmenté par Anto Pietro Saladini en 1844. Restauré par A. Sals en 1985.Monticello – Confrérie San Carlu anonyme 1733. Restauration Formentelli 1976.Algajola St Georges – Orgue anonyme, XVIII° siècle.Valle d’Alesani – Couvent, orgue Lazari 1750. Restauration inachevée Galtier 1984.Sant’ Antonino – Volets Vicente Suarez, vers 1789.Sant’ Antonino – Annonciation, anciennement orgue du couvent de Marcazzu – Orgue Pomposi 1744, vide, buffet et tribune décor de Vicente Suarez, 1789.Bastia oratoire St Roch – orgue Lazari 1750.Bastia – Oratoire Immaculée Conception, buffet XVII° siècle – Luigi et Giovanni de Ferrari 1848.Bastia – Ste Croix XVII° siècle – Vischea. Reconstruit 1762 Lavazari puis Sisco et I Fratelli de Ferrari 1841.Canari – Couvent anonyme XVIII° siècle – A.P. Saladini 1861. Restauration A.Sals 1980.La Porta St Jean-Baptiste – Orgue Marracci 1780. Restauration Formentelli 1963.Calvi St Jean-Baptiste – Ciurlo 1774. Restauration Formentelli 1993.Belgodère – Orgue Lazari 1761 du couvent des Servites. Transféré à St Thomas en 1997. Loriaut 2006Muro Pagnini 1796 Agati Tronci 1878. Restauration Muno 1982.Speluncatu  – Collégiale Sta Maria Assunta – Crudeli 1810. Tribune A.G. Saladini. Décor G. Grafini. Restauration Massoni 1992Costa – San Salvatore – Orgue anonyme, début XIX° siècle. Restauration A. Sald, A. Faye et P. Sibieude 2004.Zilia – St Roch, orgue Saladini 1831. Restauration Massoni 1995.Lumio – Assomption – Luifi de Ferrari 1831.Palasca – Sta Maria Assunta – Orgue Saladini 1833. Restauration Massoni 1993.Feliceto – St Nicolas – Orgue A.P. Saladini 1839.Occhiatana – Sta Maria – Luigi de Ferrari, 1839.Pioggiola – Sta Maria Assunta – Orgue Saladini 1844. Restauration Sals 1996.Piedigriggio – St Michel – Orgue Saladini. Restauration Loriaut 2003.Bastia – Ste Marie – Serassi 1844. Restauration Roetinger 1962.Ajaccio – Cathédrale A. Cavaillé – Collégiale 1848. Restauration Ciccero 1997.Cateri – Ste Marie – Orgue Gaspard Domini 1902. Restauration Sals 1994.Olmi Cappella – Anonyme 1808. Restauration J.F Muno et décor J.F Sibieude 1986.Corbara – Collégiale – Saladini – Agati Tronci 1890. Restauration Hartmann 1979. Relevage Sals et Faye. Restauration tribune et buffet Ewa Poli 2012.

Un patrimoine insulaire pour l’Europe

 

La Corse, décidément, peut nous surprendre : cette île si faiblement peuplée, trop souvent malmenée par les conflits fratricides, les agressions extérieures, aurait pu ne laisser de son paysage culturel qu’une identité exsangue, morcelée. Or ce peuple de montagnards, bergers et notables confondus, a légué un riche patrimoine aux multiples facettes, qui témoigne en particulier de son sens inné de la musique : le chant –qu’il soit ou non polyphonique, religieux ou profane- tient une part primordiale dans sa vie, mais aussi la musique instrumentale. Parmi tous les instruments populaires en Corse, invités à toutes les fêtes, cialambele, pirule, cetere, violons, cornemuses, mandolines, accordéons, guitares…pour n’en citer que quelques uns, on est étonné de trouver sur l’île un tel engouement pour l’orgue, non seulement dans les villes, mais aussi dans les villages de l’intérieur : on peut du reste penser que les organistes de village avaient la même relation instinctive et passionnelle avec leur orgue que les violoneux du village avec leur violon… Aujourd’hui la Corse est riche d’une centaine d’orgues historiques dont l’histoire et la facture nous sont mieux connues grâce aux travaux de recherche de Renaissance de l’Orgue Corse et au remarquable ouvrage de Sébastien Rubellin : « L’orgue corse de 1557 à 1963 » (éditions Alain Piazzola).

L’Italie a définitivement, là aussi, marqué de son empreinte la Corse, et les orgues, dès leur apparition (au 16ème siècle, aujourd’hui disparus) seront de facture italienne, avec diverses influences de la Péninsule : toscane, ligure, lombarde, romaine…Le seul orgue du 17ème siècle chante aujourd’hui à Piedicroce. Au 18ème siècle, sur les 66 orgues recensés, 36 se trouvaient dans des couvents ! Le 19ème siècle connaîtra une véritable « épidémie » organistique née de l’émulation entre communautés et verra même la naissance d’un atelier de facture d’orgue « italo-corse » dans le village de Speloncato en Balagne avec la famille des Saladini… A cette époque, la Corse est devenue française, mais reste jusqu’à la fin du 19ème siècle de culture italienne et l’on continue, en les faisant évoluer au goût du jour, de construire des orgues italiens.
Dans la Corse du Nord, plus prospère, la concentration et la qualité de ces petits orgues corses passionnera l’amateur. Le Sud, bien que plus pauvre, offre cependant aussi quelques beaux instruments, dont l’orgue Cavaillé-Coll de la Cathédrale d’Ajaccio qui en fait une exception française remarquable. Les orgues de Corse, dont une partie non négligeable a fait l’objet de restaurations à l’identique, protégés ou non au titre des Monuments Historiques, sont dans leur ensemble de taille modeste et à la mesure de l’église qui les abrite et de la bourse peu garnie des communautés concernées: un clavier unique de 45 ou 50 touches, avec la première octave courte, une coupure au milieu (au do ou, plus tardivement au fa), pour faire chanter sur le dessus un Cornetto, une Voce Umana, et plus tard les jeux d’orchestre, un « Ripieno » (plenum) à rangs décomposés très lumineux, servant admirablement la polyphonie, parfois un Nazardo, souvent une Flauto à l’octave, un petit pédalier rudimentaire, quelques accessoires (Rossignol, Tamburo)… Le tout logé dans un buffet parfois très élégant et souvent installé sur une étonnante tribune construite et décorée avec beaucoup de goût et de créativité…  (Elizabeth PARDON) – Pour en savoir plus, rendez-vous sur le Blog !